Comment se déroule une compétition officielle de saut à la perche ?

Le saut à la perche est l’une des épreuves les plus spectaculaires de l’athlétisme, mais son règlement reste souvent méconnu du grand public. Combien d’essais par hauteur ? Comment fonctionne l’élimination ? Que se passe-t-il en cas d’égalité ? Ce guide te présente le déroulement complet d’une compétition officielle, des qualifications jusqu’au podium.

Le principe fondamental du saut à la perche

Le saut à la perche est une épreuve de concours, et non de course contre la montre. L’objectif est simple : franchir une barre horizontale placée entre deux montants, en s’aidant d’une perche pour se propulser. Le vainqueur est l’athlète qui franchit la barre la plus haute.

Contrairement à la gymnastique ou au plongeon, la technique n’est jamais notée. Seul compte le résultat : la barre est-elle tombée ou non ? Un saut techniquement parfait qui fait tomber la barre est un échec. Un saut disgracieux qui franchit la barre est une réussite. Cette règle fondamentale différencie le saut à la perche des sports à jugement artistique.

Les phases du saut

Chaque tentative se décompose en plusieurs phases successives :

  • La course d’élan : l’athlète court sur une piste de 40 mètres minimum en tenant sa perche, accélérant progressivement jusqu’à atteindre sa vitesse maximale.
  • La prise d’avance et le plant : dans les dernières foulées, l’athlète lève la perche et la plante dans le butoir (cavité métallique encastrée dans le sol).
  • La pénétration : la perche se courbe sous l’effet de l’énergie cinétique accumulée pendant la course. L’athlète « pénètre » dans la perche en maintenant son corps aligné.
  • Le renversement : l’athlète bascule tête en bas, les jambes pointées vers le ciel, tandis que la perche commence à se redresser.
  • Le groupé-dégroupé : l’athlète ramène ses jambes vers la poitrine (groupé) puis les étend verticalement (dégroupé) pour profiter de la restitution d’énergie de la perche.
  • Le franchissement : l’athlète pousse sur la perche avec ses bras, pivote autour de la barre et la franchit en position ventrale ou dorsale.
  • La réception : l’athlète retombe sur le matelas de réception, généralement sur le dos.

L’ensemble de ces phases dure moins de 6 secondes, mais leur exécution nécessite des années d’entraînement.

Avant la compétition : inscriptions et échauffement

L’inscription et la déclaration de performance

Pour participer à une compétition officielle, chaque athlète doit s’inscrire auprès des organisateurs. Dans les compétitions de haut niveau, des minima de qualification sont exigés : l’athlète doit avoir franchi une certaine hauteur lors de compétitions précédentes pour être admis.

Lors de la réunion technique (qui a lieu la veille ou le jour même), les athlètes déclarent leur hauteur d’entrée : la première barre à laquelle ils souhaitent concourir. Un athlète peut décider de ne pas sauter aux premières hauteurs pour économiser son énergie, mais il prend le risque de commencer la compétition avec moins de marge d’erreur.

L’échauffement

Avant le début du concours, une période d’échauffement est prévue sur le sautoir de compétition. Les athlètes peuvent effectuer des sauts d’essai pour se familiariser avec les conditions (vent, piste, butoir). Cette phase dure généralement 30 à 45 minutes.

Pendant l’échauffement, chaque athlète peut également demander le positionnement des montants qu’il souhaite. Les montants peuvent être avancés ou reculés par rapport au butoir (jusqu’à 80 cm en arrière de la verticale du bord arrière du butoir) pour s’adapter à la technique de chaque sauteur.

Le déroulement de la compétition

La barre de départ et les montées

Le jury fixe la hauteur de départ de la compétition, généralement en fonction du niveau des participants. En compétition internationale masculine de haut niveau, la barre de départ est souvent placée entre 5,20 m et 5,50 m. Chez les femmes, elle se situe généralement entre 4,20 m et 4,50 m.

Après chaque tour (lorsque tous les athlètes encore en lice ont effectué leurs tentatives), la barre est montée. Selon le règlement World Athletics :

  • La barre ne peut jamais être abaissée une fois la compétition commencée.
  • Les montées doivent être d’au minimum 3 cm.
  • En pratique, les montées sont généralement de 5 cm en début de compétition, puis peuvent passer à 3 cm lorsqu’il reste peu d’athlètes.

L’ordre de passage

L’ordre de passage des athlètes est déterminé par tirage au sort avant la compétition. Cet ordre reste le même tout au long du concours, sauf si un athlète décide de passer son tour (impasse).

Lorsqu’un athlète est appelé, il dispose d’un temps limité pour effectuer sa tentative. Ce temps dépend du nombre d’athlètes encore en lice :

Situation Temps accordé
Plus de 3 athlètes en compétition 1 minute
2 ou 3 athlètes en compétition 2 minutes
1 seul athlète (tentative de record) 3 minutes
Essais consécutifs du même athlète 2 minutes

Le chronomètre démarre dès que le nom de l’athlète est annoncé. Si l’athlète n’a pas entamé sa course d’élan avant la fin du temps imparti, la tentative est comptée comme un échec.

Le système des trois essais

À chaque hauteur, l’athlète dispose de trois essais maximum pour franchir la barre :

  • S’il réussit son premier essai, il passe à la hauteur suivante avec ses trois essais intacts.
  • S’il échoue au premier essai, il peut tenter une deuxième fois.
  • S’il échoue au deuxième essai, il lui reste une dernière tentative.
  • Trois échecs consécutifs à une même hauteur entraînent son élimination définitive de la compétition.

Le nombre d’essais utilisés à chaque hauteur est comptabilisé et peut servir au départage en cas d’égalité.

L’impasse : une stratégie clé

L’une des particularités du saut à la perche est la possibilité de faire une impasse. L’athlète peut décider de ne pas tenter une hauteur (ou de ne pas utiliser tous ses essais restants) pour passer directement à la hauteur suivante.

Exemples de situations où l’impasse est utilisée :

  • Économie d’énergie : un athlète confiant peut sauter les premières barres qu’il considère faciles pour se concentrer sur les hauteurs décisives.
  • Gestion des essais : un athlète qui a échoué deux fois à 5,70 m peut décider de passer à 5,75 m s’il pense avoir plus de chances à cette hauteur. Il conserve alors un seul essai pour 5,75 m (et les hauteurs suivantes).
  • Stratégie de départage : faire l’impasse réduit le nombre total d’essais utilisés, ce qui peut être avantageux en cas d’égalité.

Attention : si un athlète fait l’impasse à une hauteur et échoue trois fois à la hauteur suivante, il est éliminé avec comme meilleure performance la dernière barre franchie (pas celle qu’il a passée).

Les règles officielles à connaître

Qu’est-ce qu’un saut valide ?

Un saut est considéré comme réussi si l’athlète franchit la barre sans la faire tomber. La barre peut vibrer, bouger légèrement, voire être touchée par le corps ou la perche, tant qu’elle reste sur ses supports à la fin du saut.

Un saut est considéré comme un échec dans les cas suivants :

  • La barre tombe de ses supports (pour quelque raison que ce soit, y compris le vent après le passage de l’athlète, si les juges estiment que le saut a causé la chute).
  • L’athlète touche le sol ou le matelas au-delà du plan vertical de la ligne de saut sans avoir franchi la barre.
  • L’athlète déplace la main supérieure au-dessus de la main inférieure pendant la phase d’appui sur la perche, ou déplace la main inférieure vers le haut.
  • L’athlète ne respecte pas le temps imparti.

Les règles concernant la perche

Chaque athlète peut utiliser sa propre perche ou une perche fournie par l’organisation. Il peut changer de perche à tout moment de la compétition. En revanche :

  • Un athlète ne peut pas utiliser la perche d’un autre concurrent sans son autorisation.
  • Si une perche casse pendant un essai, l’athlète a droit à une nouvelle tentative (la tentative n’est pas comptée comme un échec).

Les conditions météorologiques

Le vent peut fortement influencer les performances en saut à la perche. Contrairement au saut en longueur, il n’y a pas de limite de vent réglementaire pour la validation des records. Cependant, un vent de face ou latéral peut considérablement gêner la course d’élan et le plant.

En cas de pluie ou d’orage, le jury peut décider d’interrompre temporairement la compétition pour des raisons de sécurité (le sautoir devient glissant et les perches sont conductrices).

Le départage en cas d’égalité

Lorsque deux athlètes ou plus franchissent la même hauteur maximale, un système de départage est appliqué pour établir le classement. Ce système se déroule en trois étapes :

Étape 1 : le nombre d’essais à la dernière hauteur franchie

L’athlète qui a franchi la dernière hauteur avec le moins d’essais est classé devant. Par exemple, si deux athlètes ont franchi 5,80 m comme meilleure performance, celui qui l’a réussie au premier essai devance celui qui l’a réussie au deuxième essai.

Étape 2 : le nombre total d’échecs dans la compétition

Si l’égalité persiste, on compare le nombre total d’essais manqués pendant toute la compétition. L’athlète ayant le moins d’échecs au total est classé devant.

Étape 3 : le barrage (uniquement pour la première place)

Si l’égalité concerne la première place et que les deux critères précédents n’ont pas permis de départager les athlètes, un barrage est organisé :

  • Les athlètes concernés effectuent un essai supplémentaire à la hauteur où ils ont échoué tous les deux.
  • Si les deux réussissent ou si les deux échouent, la barre est montée (en cas de réussite) ou abaissée (en cas d’échec) de 2 cm, et un nouvel essai est effectué.
  • Le processus continue jusqu’à ce qu’un athlète réussisse et l’autre échoue à la même hauteur.

Pour les autres places du classement (2e, 3e, etc.), il n’y a pas de barrage : les athlètes sont déclarés ex æquo si les deux premiers critères ne permettent pas de les départager.

Exemple concret de départage

Athlète 5,60 m 5,70 m 5,80 m 5,85 m Total échecs Classement
Athlète A O XO XXO XXX 5 2e
Athlète B O O XO XXX 3 1er

Légende : O = réussi, X = échec

Les deux athlètes ont franchi 5,80 m comme meilleure hauteur. Ils ont tous les deux réussi 5,80 m au deuxième essai. Mais l’athlète B a 3 échecs au total contre 5 pour l’athlète A : il remporte donc la compétition.

Les grandes compétitions internationales

Le saut à la perche figure au programme des plus grandes compétitions d’athlétisme mondiales.

Les Jeux Olympiques

Le saut à la perche masculin est au programme olympique depuis les Jeux d’Athènes en 1896. L’épreuve féminine a été introduite aux Jeux de Sydney en 2000. C’est le rendez-vous le plus prestigieux pour tout perchiste, avec une compétition tous les quatre ans.

Les Championnats du monde d’athlétisme

Organisés tous les deux ans par World Athletics (anciennement IAAF), les Championnats du monde rassemblent l’élite mondiale de l’athlétisme. Des athlètes comme Sergey Bubka (6 titres mondiaux) ou Renaud Lavillenie (1 titre) y ont marqué l’histoire.

La Diamond League

Ce circuit annuel de meetings d’athlétisme regroupe les meilleures compétitions hors championnats. Les athlètes accumulent des points tout au long de la saison pour se qualifier pour la finale. Les meetings de Monaco, Zurich, Bruxelles ou Eugene font partie de ce circuit d’élite.

Les Championnats d’Europe

Organisés tous les deux ans, les Championnats d’Europe sont une étape importante pour les perchistes du continent. Des athlètes comme Renaud Lavillenie, Armand Duplantis ou Anzhelika Sidorova y ont brillé.

Les compétitions indoor

La saison hivernale propose également de grandes compétitions en salle : Championnats du monde indoor, Championnats d’Europe indoor, et de nombreux meetings prestigieux. Les conditions en salle (absence de vent, température stable) sont souvent favorables aux records.

Les records de référence

Le saut à la perche a connu une évolution spectaculaire, notamment grâce à l’amélioration des perches (passage du bambou à l’aluminium, puis à la fibre de verre et au carbone) et des techniques de saut.

Records du monde actuels

Catégorie Hauteur Athlète Nationalité Date Lieu
Hommes (plein air) 6,26 m Armand Duplantis Suède 26 août 2024 Chorzów (Pologne)
Hommes (salle) 6,26 m Armand Duplantis Suède 25 février 2024 Clermont-Ferrand (France)
Femmes (plein air) 5,06 m Yelena Isinbayeva Russie 28 août 2009 Zurich (Suisse)
Femmes (salle) 5,03 m Yelena Isinbayeva Russie 15 février 2012 Stockholm (Suède)

Les légendes de la discipline

Sergey Bubka (Ukraine) : considéré comme le père du saut à la perche moderne, il a battu 35 records du monde entre 1984 et 1994. Premier homme à franchir 6 mètres (1985), il a dominé la discipline pendant plus d’une décennie.

Yelena Isinbayeva (Russie) : avec 28 records du monde battus, elle a révolutionné le saut à la perche féminin. Double championne olympique (2004, 2008), elle reste la seule femme à avoir franchi 5 mètres.

Renaud Lavillenie (France) : champion olympique 2012 et ancien recordman du monde indoor (6,16 m en 2014), il a porté le saut à la perche français au plus haut niveau mondial.

Armand « Mondo » Duplantis (Suède) : prodige de la discipline, il détient les records du monde en plein air et en salle à seulement 24 ans. Triple champion olympique et mondial, il repousse régulièrement les limites de la discipline.

Questions fréquentes

Combien d’essais a-t-on à chaque hauteur ?

Chaque athlète dispose de trois essais maximum pour franchir une hauteur donnée. Dès qu’il réussit, il passe à la hauteur suivante. Trois échecs consécutifs à une même hauteur entraînent l’élimination.

Peut-on choisir à quelle hauteur on commence ?

Oui. Chaque athlète déclare sa hauteur d’entrée avant le début du concours. Il peut décider de ne pas sauter aux premières barres s’il estime qu’elles sont trop faciles pour lui. C’est une stratégie courante chez les athlètes de haut niveau.

Que se passe-t-il si deux athlètes terminent à égalité ?

Le départage se fait d’abord sur le nombre d’essais utilisés pour franchir la dernière hauteur, puis sur le nombre total d’échecs dans la compétition. Si l’égalité persiste pour la première place, un barrage est organisé.

Les juges notent-ils la technique du saut ?

Non, jamais. Le saut à la perche n’est pas un sport à jugement artistique. Seul compte le résultat : la barre est-elle franchie ou non ? Un saut peut être techniquement imparfait mais compter comme réussi si la barre reste en place.

Peut-on utiliser n’importe quelle perche ?

L’athlète peut utiliser sa propre perche ou une perche mise à disposition par l’organisation. Il peut changer de perche à tout moment de la compétition. En revanche, il ne peut pas utiliser la perche d’un autre concurrent sans son autorisation.

Combien de temps a-t-on pour sauter ?

Le temps accordé dépend du nombre d’athlètes encore en compétition : 1 minute s’il reste plus de 3 athlètes, 2 minutes s’il en reste 2 ou 3, et 3 minutes pour les tentatives de record (un seul athlète en lice). Si le temps est dépassé, l’essai compte comme un échec.

Pourquoi certains athlètes passent-ils leur tour ?

Faire une impasse permet d’économiser de l’énergie ou de gérer ses essais de manière stratégique. Un athlète peut décider de ne pas sauter à une hauteur qu’il juge trop facile, ou passer directement à une hauteur supérieure s’il a déjà échoué deux fois et préfère tenter sa chance plus haut.

Que se passe-t-il si la perche casse ?

Si une perche casse pendant un essai, la tentative n’est pas comptée. L’athlète a droit à un nouvel essai avec une autre perche.

Pour aller plus loin

Ressources officielles :

  • World Athletics : règlement technique complet et calendrier des compétitions internationales
  • Fédération Française d’Athlétisme : règlement national et calendrier des compétitions en France
  • European Athletics : actualités et résultats des compétitions européennes

Suivre les compétitions :

  • Les grandes compétitions (JO, Mondiaux, Diamond League) sont généralement diffusées à la télévision et en streaming.
  • Les résultats en direct sont disponibles sur les sites officiels de World Athletics et des fédérations nationales.
  • Les réseaux sociaux des athlètes permettent de suivre leur préparation et leurs performances au quotidien.


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